Lions-nous dans la joie
Lions-nous dans la joie
Eric Charmetant, doyen de la faculté de philosophie des jésuites, écrit :
« L’Évangile ne répond pas à la puissance par un discours sur la puissance. Il commence par des gestes concrets : un repas avec les exclus, une main tendue vers celui qu’on évite, une conversation avec l’étrangère au bord du puits. Chaque fois, le lien précède le discours. Chaque fois, il dérange un ordre. »
« C’est cette intuition que le pape Léon XIV porte avec constance, dans son souci inlassable de la paix et du vivre ensemble. Que signifient, concrètement, des liens qui libèrent ? Cette question sera très probablement au cœur de l’encyclique anthropologique que le pape Léon XIV prépare. »
En attendant l’encyclique, soignons nous-mêmes nos liens ; la période y est propice, avec son cortège de retrouvailles de vieux amis, de communions, de mariages… en veillant à ne pas se contenter d’égrener un chapelet d’événements dont l’un chasse l’autre, mais de nous fortifier les uns par les autres : ces liens qui se construisent dans nos communautés, et nous construisent, sont un puissant antidote au vent mauvais.
Alors que nous déployons nos activités, nous nous lions. Nous ferons ce qu’il faut pour envoyer nos contributions au Concile Provincial, nous travaillerons à imaginer des dispositifs, mais le plus décisif est ce qui ne s’organise pas, ce lien profond, ce qui surgit comme une évidence dans le sourire rempli de reconnaissance des nouveaux baptisés croisés dimanche après dimanche, en réponse à notre propre bonheur de les voir qui ne peut se feindre.
Dans une chronique du journal La Croix, Véronique Albanel cherche, comme le pape parfois, dans des textes de Hannah Arendt des passages qui éclairent les risques de notre présent :
« Le racisme peut engendrer des luttes civiles en n’importe quel pays, et c’est l’un des plus ingénieux stratagèmes jamais inventés pour fomenter la guerre civile. »
Véronique Albanel, « contre la résurgence du théologico-politique qui semble gagner le catholicisme post-libéral outre-Atlantique mais aussi l’Europe », rappelle Arendt : « l’histoire moderne a montré à maintes reprises que les alliances entre « le trône et l’autel », ne peuvent que discréditer les deux ».
Pour elle, résister politiquement et spirituellement dans les « temps sombres » qui sont les nôtres, et qu’Arendt a bien connus, signifie avant tout rester solidement arrimés à la vérité et ne pas déserter le monde, en mobilisant tous nos « pouvoirs humains qu’elle qualifie de miraculeux » : pouvoirs de parler et d’agir ensemble, de commencer du neuf, de promettre et de tenir nos promesses, de pardonner, de comprendre et de juger.
Hannah Arendt est celle qui a su le mieux témoigner de la fragilité du monde commun, des dangers des idéologies totalitaires, mais aussi de la puissance miraculeuse des ressources à notre disposition – à commencer par la joie d’agir à plusieurs – qui peuvent sauver le monde de la ruine.

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